lundi 20 juin 2011

Avalanche de commandes pour le Bourget sur fond de duel entre Airbus et Boeing

Le Salon aéronautique du Bourget, qui ouvre ses portes aujourd'hui aux professionnels, s'annonce comme l'édition de tous les records. Stimulées par la compétition entre Airbus et Boeing, attisées par l'arrivée de nouveaux modèles, les commandes devraient se compter en centaines.

 

Du grand show ! C'est ce que promet d'être la 49 e édition du Salon aéronautique du Bourget, qui ouvre ses portes aujourd'hui aux professionnels. Après un Salon 2009 terni par la crise, le Paris Air Show 2011 devrait battre tous les records. A commencer par celui de la participation, avec plus de 2.000 exposants et 42 pays représentés, illustration de la mondialisation galopante du secteur. Côté contrats, le record de 2007, qui avait vu Airbus engranger à lui seul 460 commandes fermes et 300 options d'achat, devrait également être dépassé. Record d'innovations aussi, avec la présence, pour la première fois en France, des deux derniers-nés de Boeing - le 787 et le 747-8 -, aux côtés de l'A400M d'Airbus, du X3 d'Eurocopter, et un nombre sans précédent de nouveaux programmes : Airbus A320 Neo, C919 chinois, nouveaux moteurs... Deux déconvenues toutefois pour Airbus : le grand public sera privé de démonstration en vol de l'A380, le très gros-porteur ayant heurté hier une structure de l'aéroport du Bourget. De même, l'avion de transport militaire A400M, ne pourra pas effectuer de vol de démonstration, du fait d'un problème lié à ses moteurs.

Avalanche de commandes

Une fois encore, Airbus devrait faire le spectacle, avec plusieurs centaines de commandes attendues d'ici à vendredi, notamment pour son nouvel A320 Neo. L'avionneur européen pourrait signer la plus importante commande de son histoire en nombre d'appareils : jusqu'à 200 A320 Neo pour la compagnie low cost malaise Air Asia. Airbus devrait également finaliser sur le Salon plusieurs commandes déjà annoncées, avec l'indien Indigo pour 180 A320 (dont 150 Neo), avec Go Air, autre compagnie indienne, pour 72 A320 Neo, ainsi qu'avec la philippine Cebu, pour 30 A21 Neo et 7 A320. Autre client potentiel pour l'A320 Neo : le loueur d'avions Gecas ou encore, plus incertain, Qatar Airways, pour une cinquantaine d'appareils. La compagnie de Doha négocie aussi l'achat de 10 à 20 A380, mais rien n'indique que la conclusion soit proche. En revanche, Hong Kong Airlines devrait finaliser une commande de 10 A380. Thai Airways, Jet Airways et le loueur américain ILFC pourraient passer commande d'A330 et d'A350 long-courriers. Boeing, qui n'a pas pour tradition d'accumuler les commandes pour les Salons, devrait lui aussi faire quelques annonces.
En position d'outsider, le canadien Bombardier devrait également profiter du Bourget pour accrocher de nouveaux clients pour sa famille moyen-courriers CSeries. Parmi les gros acheteurs potentiels, Qatar Airways, qui reste toutefois imprévisible. De même, Mitsubishi pourrait annoncer un premier client étranger pour son futur avion régional MRJ. Côté motoristes, Safran et GE espèrent engranger jusqu'à 500 commandes pour le Leap X de leur filiale CFM, ce qui leur permettrait de revenir au niveau de leur concurrent américain Pratt & Whitney.

Airbus A350 : deux versions sur trois retardées

En matière d'innovation, l'une des principales annonces du Salon devrait être la décision de Rolls-Royce et d'Airbus de doter le futur A350-1000, la version allongée du futur biréacteur long-courrier, d'un moteur plus puissant que celui prévu initialement, afin de renforcer sa compétitivité face au Boeing 777-300ER. Mais l'information a fuité (« Les Echos » du 7 juin) et l'amélioration promise, qui mobilisera les ingénieurs, s'accompagne d'un report de dix-huit mois de la date d'entrée en service, de fin 2015 à mi-2017. De même que la version courte de l'appareil, l'A350-800, est repoussée de fin 2014 à fin 2016. Un moindre mal, cependant : la sortie de l'A350-900, la version intermédiaire sur laquelle portent 359 des 574 commandes actuelles d'A350, reste, elle, fixée à fin 2013. 

Drones : éclaircissement attendu

Aussi indispensables qu'absents en Libye, les drones seront l'un des grands sujets du Salon. Dans son discours d'inauguration, Nicolas Sarkozy pourrait aborder le sujet. Plus sûrement, Gérard Longuet, le ministre de la Défense, a laissé entendre dans « Air & Cosmos » qu'il lancerait une initiative dans la foulée du traité franco-britannique. Début novembre, Londres et Paris ont scellé une coopération militaire sans précédent qui prévoit notamment la construction d'un avion sans pilote vers la fin de la décennie. Depuis, les industriels affûtent leurs couteaux en prévision de l'appel d'offres. D'un côté, le projet Telemos du tandem BAE-Dassault ; de l'autre, le Talarion d'EADS.

Mohammed VI garde la main au Maroc

Le souverain chérifien propose des réformes sans précédent depuis l'Indépendance.


Avec le discours du roi du 17 juin, le Maroc est entré, douze ans après le début du règne de Mohammed VI, en transition démocratique. Maintes fois évoqué dans les premières années de gouvernance du jeune souverain, le processus s'est finalement enclenché à la faveur du «printemps arabe». Soucieux d'être à l'écoute d'un mouvement transnational en quête de réformes et de plus de libertés individuelles, le roi engage sa révolution tranquille en l'adaptant au particularisme marocain. Il change la Constitution en donnant des prérogatives élargies à un chef de gouvernement issu du parti vainqueur des élections législatives, mais se garde bien de remettre en question les fondements de son pouvoir.

Ce que propose Mohammed VI pourrait être comparé à un système présidentiel à la française plutôt qu'à la monarchie parlementaire espagnole où le roi est hors du champ politique. À la différence près qu'au royaume chérifien, le chef de l'État n'a pas à se représenter tous les cinq ans devant les électeurs et son nombre de mandats n'est pas limité.

Mohammed VI se taille sur mesure un domaine réservé pour assurer la stabilité du régime. Le souverain reste le maître du jeu dans les domaines régaliens de la défense, de la diplomatie et de la sécurité intérieure. Le roi est le chef des armées et accrédite ambassadeurs et diplomates. Un «conseil de sécurité intérieure», présidé par le monarque, est créé. Il aura, selon Mohammed VI, pour mission de «gérer les questions de sécurité internes, structurelles et imprévues». L'organisme va «compter parmi ses membres les chefs des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, les ministres, les responsables et les personnalités concernées». Qui tranchera en cas de désaccord? Le roi probablement.

Sur le plan religieux, Mohammed VI, «descendant du Prophète», conserve son autorité naturelle grâce au titre de «Commandeur des croyants» qui lui permet d'émettre des fatwas. La «sacralité» de sa personne en revanche disparaît pour être remplacée par une notion plus contemporaine de respect dû. Le libre exercice des cultes est garanti par le monarque qui rappelle toutefois que l'islam est la religion d'État.

Bien qu'attendu, le maintien d'un solide pré carré royal est sujet à polémique dans les milieux intellectuels marocains ainsi que dans les rangs des jeunes militants du mouvement du 20 février. Les contestataires qui veulent «ne plus être des sujets mais des individus» affirment qu'ils vont continuer à réclamer pacifiquement des changements plus radicaux. En convoquant le corps électoral pour un référendum le 1er juillet, soit dans onze jours, le Palais tente de prendre ses détracteurs de vitesse. Il s'appuie pour y parvenir sur les innovations contenues dans le projet de Constitution qui font l'objet d'un large consensus ou étonnent par leur avant-gardisme en terre arabo-musulmane.

Le référendum du 1er juillet 

Déjà amorcée avec la réforme de la Moudawana, le droit de la famille, l'égalité entre l'homme et la femme fait son entrée dans la Constitution. L'amazighe, la langue des berbères, est officialisée aux côtés de l'arabe. La nation marocaine grave aussi dans le marbre constitutionnel la reconnaissance de la diversité qui fonde son unité qu'elle soit andalouse, hébraïque ou africaine. Quant à la charte des libertés fondamentales, elle prohibe la torture, assure la liberté de pensée et d'expression et bannit les discriminations.

Vendredi, Mohammed VI a indiqué qu'il voterait «oui» au référendum. Il est fort probable que les électeurs vont suivre son exemple. En l'absence de suspense sur le résultat du scrutin, l'attention se portera sur le taux de participation. Les derniers rendez-vous électoraux ont en effet été marqués par un taux d'abstention record. L'ampleur des réformes proposées par le roi sera-t-elle suffisante pour mobiliser une population qui a perdu confiance en son système politique? Le pouvoir roi table sur la promesse de l'émergence d'un nouveau régime pour convaincre les indécis. Il voit dans la séparation des pouvoirs avec un Parlement fort et un président du gouvernement indépendant un motif de renaissance d'une classe politique ankylosée.

Des mesures pour lutter contre la corruption qui gangrène le pays sont prévues. Il sera interdit aux parlementaires de changer de parti en cours de législature afin de mettre un terme à des pratiques dont a usé jusqu'à la corde Fouad Ali El Himma, un proche du roi. À la faveur des réformes, Mohammed VI est semble-t-il décidé à tenir compte des mises en cause qui ont visé son entourage.